Jean Cocteau
Lycée
Miramas cedex
 

Les enfants, non merci !

dimanche 20 mars 2011, par Myriam Remigy

Les enfants, non merci !

Assise sur le banc du parc public à trois cents mètres de mon domicile je repensais à ma rencontre avec Antoine lors d’un mariage où nous étions tous deux témoins. Cela faisait six mois que nous étions ensemble, nous vivions un amour caché de ses enfants dont il avait la garde exclusive, nous discutions régulièrement de leurs réactions lorsqu’ils apprendraient que leur père avait une nouvelle compagne beaucoup plus jeune que lui. En effet, lui avait la cinquantaine et moi tout juste vingt-huit ans...
Ce moment que je redoutais tant arriva. Ce jour là, je ne me levai qu’assez tard dans la matinée, et je me préparai pour aller rejoindre Antoine qui allait me présenter dans l’après-midi à ses trois enfants, les jumeaux Yoan et Marie, dix-sept ans et la cadette, Maëlle, quatre ans. Il avait décidé qu’on passerait cette après-midi au jardin public, pour faire connaissance et ensuite dans la soirée, aller au cinéma. On ne vit pas l’après midi passer.
Cette première rencontre se passa plutôt bien, j’avais cependant l’impression que les enfants s’efforçaient d’être aimable pour ne pas décevoir leur père, mais je me demandais combien de temps cela allait durer.
Effectivement, les mois qui suivirent ne se passèrent pas comme je l’avais espéré … Au début, les remarques que je subissais n’étaient pas bien méchantes, puis avec le temps, elles devinrent de plus en plus irrespectueuses et de moins en moins supportables comme la fois où ils m’avaient fait comprendre que je n’étais qu’une passade pour leur père et que notre histoire ne durerait pas. Je finis par en parler à Antoine qui s’était montré surpris et assez mal à l’aise devant cette situation mais n’y prêta pas pour autant grande attention. J’étais allongée dans mon canapé, devant la télévision lorsque je reçus un appel d’Antoine qui m’expliqua que ce soir-là il travaillait de nuit et que je devais venir garder les enfants jusqu’au lendemain matin. J’appréhendais, je tournais en rond dans mon appartement en me demandant comment je pourrais faire pour les occuper tous les trois, le temps d’une soirée.
J’arrivai, Antoine partait, on se croisa dans les escaliers, il me rappela l’heure du coucher de Maëlle, et qu’elle n’avait droit à aucune sucrerie avant d’aller au lit, que Yoan et Marie étant punis n’avaient ni droit à l’ordinateur ni à la télévision. Il m’embrassa puis s’en alla précipitamment. J’ouvris la porte d’entrée, les cris raisonnaient dans le salon, je haussai la voix et affirmai ma présence. Maëlle, se précipita aussitôt vers moi pour me faire un bisou, elle me sauta dans les bras…Cela me semblait bizarre de m’occuper seule pour la première fois d’enfants dont je ne connaissais presque rien. J’avais tellement peur de faire une bêtise qui risquerait de mettre en péril notre couple. Pendant que je préparais quelque chose à manger, je leur avais demandé de mettre la table, c’est à ce moment là que les problèmes s’accentuèrent : les deux adolescents refusèrent, sous prétexte qu’ils avaient autre chose à faire. Je laissais passer une fois de plus, ma patience ayant tout de même des limites. Lorsque nous passâmes à table, les enfants étaient silencieux. J’eus le malheur d’engager la conversation sur leur mère. Je leur avais simplement demandé ce qu’elle leur préparait au petit déjeuner et ils avaient commencé à m’agresser en me disant que ce n’était pas la peine d’essayer de remplacer leur mère car je n’y parviendrais jamais, je n’étais pas à la hauteur..
L’heure fut venue pour Maëlle d’aller se coucher, je lui lus une histoire puis en fermant sa porte je m’aperçus que Yoan et Marie étaient habillés comme pour sortir. Surprise, je leur demandai où ils comptaient aller ainsi, Yoan déclara que je n’avais pas à savoir où ils se rendaient, et me répétèrent que je n’étais pas leur mère. Pendant un instant, le temps pour eux de rassembler leurs affaires, plusieurs questions s’emmêlèrent dans ma tête. Devais-je agir de manière raisonnable en leur interdisant la sortie ou se mettre de leur côté et les laisser sortir contre la volonté de leur père ? Je finis par accepter, pour qu’ils me laissent une chance de m’intégrer à leur famille. Je m’allongeai sur le canapé puis m’endormis.
Dans la nuit, je fus réveillée brusquement par Antoine qui venait juste d’arriver et avait découvert que ses jumeaux n’étaient pas dans leur lit. Il me demanda dans un premier temps paniqué où étaient les adolescents, je lui expliquai donc la raison de leur absence et il devint furieux. J’étais moi même surprise qu’ils ne soient pas encore rentrés et commençai à m’inquiéter. Notre première vraie dispute éclata, il me reprocha d’avoir été inconsciente et irresponsable, qu’il s’agissait de ses enfants, je n’avais pas à prendre de décision seule en ce qui concernait ses enfants. Cette dispute dura une bonne heure, puis il me fit comprendre au final que effectivement il aurait dû écouter ses amis, j’étais trop jeune pour lui …
C’est en fermant la porte que je vis à ce moment là, la petite Maëlle chuchoter quelques mots tout bas à ses frère et sœur se tenant cacher derrière le rideau séparant le couloir du hall d’entrée. Je compris la fourberie dont avaient fait preuve les trois enfants, pour me séparer de leur père.
Et maintenant quarante ans plus tard, je suis là assise sur ce banc, seule, à regarder les enfants jouer et à me dire que derrière ces petits visages d’ange innocents se cache des petits êtres rusés capable de gâcher toute une vie.

LAMY Margot, DEGUIGNE Audrey et MAZELLIER Victoria

 
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