Jean Cocteau
Lycée
Miramas cedex
 

L’enfer est pavé de bonnes intentions

dimanche 20 mars 2011, par Myriam Remigy

L’enfer est pavé de bonnes intentions

J’inhalai encore une fois ce parfum fleurit du mois de Mai. Il flottait sur la place de Londres, comme annonçant une bonne et douce journée. Surement pas pour moi. Je me promenais entre les différents étalages. Poisons, fruits et légumes étaient en vente. Un peu plus loin, on pouvait entendre les roues de bois de carrosses contre les rues pavées. Puis le cocher stoppait les chevaux, la porte s’ouvrait et une de ces grosses dames aux parures et soieries magnifiques descendait de la voiture. Une de ces grosses femmes du monde duquel je ne ferais jamais partie. Je détournais le regard pour ne plus les jalouser. Comme si cela suffisait. Je continuais alors mes achats. Aujourd’hui c’était moi qui étais chargée des commissions. Les filles voulaient des choux et des carottes pour leur teint. On avait d’ailleurs bataillé à ce sujet comme avant chaque sortie... On se réunissait toutes se demandant ce qui devait être acheté, qui allait faire le marché, avions nous assez pour tout ce que nous voulions ? Autant de questions qu’une femme riche ne se poserait pas. Ensuite, la mère décidait d’une liste qu’elle confiait à l’une de nous qui se chargerait de cette corvée. On ne sortait pas beaucoup de la maison, je me demande pourquoi d’ailleurs. Par crainte d’être reconnue ? A voir le visage et le regard hautain de certaines femmes du marché, c’était déjà chose faite. Elles nous connaissaient presque autant que leurs maris. J’eus la nausée à cette idée. Je les détestais ceux-là, qu’on appelle les maris. Presque autant que ce que je me haïssais moi-même. Je m’assis, en proie à un vertige et tentais de me calmer sur un banc de la place. C’est alors qu’un petit bonhomme, je ne lui donnais pas plus de quatre ans, vint se poster en face de moi. Des petites mèches blondes recouvraient le dessus de sa tête et encerclaient son beau visage rond. Deux magnifiques petits yeux bleu océan s’illuminèrent quand il compris que je lui portais attention. Sa bouche rouge se tordit, gênée puis s’ouvrit pour laisser sortir une petite voix douce et fluette :
-  Je peux m’asseoir à côté de toi ?
-  Bien sûr ! Dis-je d’abord surprise. Je poussais mon panier remplis.
-  Tu es belle, me déclara-t-il en s’asseyant. Ma maman parlait de toi à son amie tout à l’heure, elle a tort maman, tu es belle et gentille.
-  Merci mon petit, toi aussi tu es un gentil et beau garçon lui répondis-je sans contrôler mes mots devant cet enfant pure si mignon, qui avec quelques paroles naïves avait réussi à réchauffer les débris de mon coeur.
-  Dis, tu voudras bien m’épouser plus tard, quand je serais grand ? Me demandant-il jouant avec mes boucles brunes.
-  Et bien... Je... C’est que...
-  Gabriel ! Viens ici ! Je t’avais pourtant interdit de lui parler !
Une voix sèche et autoritaire retenti derrière moi.
-  Mais maman...
Le garçonnet se mit à pleurnicher tandis que sa mère le pris par le bras et le traîna hors de ma portée de peur que je ne lui enlève.
Je restai encore un petit moment assise, comme abasourdie par ce qu’il venait de ce passer. Et une douleur, que je n’avais pas ressentie depuis longtemps m’étrangla. Mon coeur désespéré s’était remis à battre pour se briser une nouvelle fois. Je ne remarquais les larmes couler sur mes joues qu’après avoir pris la décision de rentrer. Sur le chemin du retour je pensais à ce petit garçon. « Tu voudras bien m’épouser ? ». Sa petit voix aigüe raisonnait dans me tête. Désolé mon petit, je ne suis pas le genre de fille que tu voudras épouser. Je n’ai qu’une douzaine d’années de plus que toi, et je suis déjà promise à tous ces hommes. Des maris d’autres femmes m’embrassent, me promettent mille et une choses chaque soir avant de gémir sous mes caresses. Mais vois-tu ces hommes-là je les hais. Je les hais du plus profond de mon être. Seulement je n’ai pas le choix, ils payent bien, ils me permettent de ne manquer de rien. De rien à part du véritable amour. Ce sentiment que je ne connaitrai sûrement jamais. J’ai donné mon âme au diable, cette créature qui ne se nourrit que de la souffrance et du malheur, qui ne connait que la haine. Je suis et je resterai dans cette prison que l’on appelle l’enfer toute mon existence et même après ma mort. Car en moi, mon coeur brûle déjà au même rythme que celui de Satan. Je crois que je m’en fiche bien après tout. Je n’aime pas, je hais. Il vaut mieux cela pour les filles de petites vertu comme moi parait-il... Je continuais de marcher le visage blanc comme la mort et vide de toute expression humaine, les pas lourds, tel un cadavre en décomposition. Je m’arrêtai face à la porte de la maison ; close comme à son habitude. Je la déverrouillai, déposai mon panier à l’entrée. Ma tête tournait, et les lumières autour de moi dansaient.
-  Ah ! enfin te voilà, tu as été longue, dépêche-toi les clients vont arriver ! Emily ? Emily !
Trop tard, mes jambes se dérobèrent sous mon poids et je heurtai le sol dur. J’eus l’impression que du sang s’écoulait de ma tempe suite au choc. Mais je ne pus m’en assurer, les lumières avaient déjà disparus. Pourquoi ? Trop de tristesse pour une seule âme peut-être.

Marie SINOUSSI, Louise LONGEON, Soumaya SAILLY

 
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